Cotonou, nuit du 25 avril 2026
Cotonou — L'Antre, nuit du 25 au 26 avril 2026 — Pièce à conviction n°1
Epihack Intelligence
Unité d'Investigation Numérique
Campus Epitech Bénin — Cotonou
Réf.  : EPH-2026-001
Date : 26 avril 2026
Pages : 1 / 1
Accès : RESTREINT
■ Confidentiel
RédacteurTh3_witch3r — Officier de garde LieuL'Antre, Cotonou Heure07h31 WAT — alarme donnée par Mask04 à 07h14 VictimeIrish — membre actif, blessée, mémoire effacée Suspects3 individus non identifiés + complice interne (TBD)

Objet du rapport

Vol avec violence — Trophée Tek Awards
Opération Mami Wata · Nuit du Palace


I. Le Sacre — la nuit où tout a basculé

Cotonou, le samedi 25 avril 2026. 23h41. Les dorures du Palace Royale vibrent encore sous les ovations. Le jury des Tek Awards vient de proclamer son verdict et le nom d'Epihack résonne dans la grande salle comme un coup de tonnerre. Meilleure Association d'Epitech. Le trophée — massif, étincelant, taillé dans un alliage que personne ne saurait nommer — est soulevé par les présidents de l'association au milieu des cris, des flashes, des embrassades. C'est l'apogée. C'est le couronnement de tout ce que la Meute a construit, patiemment, mérité.

Ils rentrent ensemble dans la nuit chaude de Cotonou, trophée en main, la fierté gravée sur chaque visage. Ils traversent la ville en convoi improvisé, klaxons et rires mêlés, et regagnent l'Antre — leur quartier général, leur espace sacré, le lieu où chaque victoire prend sa place sur le mur avant d'entrer dans la légende. Le trophée est posé avec soin sur son socle, au centre de la pièce principale. La nuit s'étire doucement. Les uns après les autres, les membres de la Meute rejoignent leurs chambres. Les lumières s'éteignent. L'Antre respire dans l'obscurité, gardien silencieux d'une victoire endormie.

Le trophée attend le matin. Il n'en verra jamais la lumière.

Cotonou, le dimanche 26 avril 2026. 07h14. C'est Mask04 qui donne l'alarme. Elle descend la première, comme toujours, et s'arrête net dans l'embrasure de la porte. Le socle est vide. Le trophée n'est plus là. Mais ce n'est pas le socle vide qui lui arrache un cri — c'est Irish, allongée sur le sol au pied de la table, immobile, une blessure profonde à la tête. À la place du trophée : une flaque d'eau saumâtre s'est formée sur le sol — irréelle, silencieuse, inexplicable dans une pièce fermée à clé à des kilomètres de la mer.

II. Ce que les caméras ont vu

C'est Th3_witch3r qui, pendant qu'on attend les secours, dit les seuls mots qui comptent : « Les caméras. » Ce qu'ils voient sur l'écran stoppe net toutes les respirations.

À 3h22 du matin, la caméra de la salle principale capte une silhouette. Puis deux. Puis trois — des formes floues, visages couverts, mouvements précis et silencieux, comme des gens qui ont longuement répété chaque geste. L'une d'elles se dirige directement vers le socle, sans hésitation, sans chercher — comme quelqu'un qui sait exactement où regarder. Quelqu'un qui a été ici avant, ou qui a été guidé par quelqu'un qui l'a été.

C'est à ce moment qu'Irish apparaît dans le cadre. Elle est descendue seule — quelque chose l'a tirée du sommeil, ce sens propre à la Meute qui vibre quand le territoire est violé. Elle arrive en courant et n'hésite pas une seconde. Elle se jette sur l'un des intrus avant même qu'il ait pu refermer les mains sur le trophée. Le combat est court mais d'une violence sèche — on la voit frapper, esquiver, encaisser, tenir tête à quelqu'un qui fait deux fois sa masse. Elle reprend le trophée. Elle recule vers la sortie, les yeux sur les trois silhouettes. Elle allait s'en sortir.

Puis quelque chose change dans l'image. Une brume — fine d'abord, presque une distorsion de l'objectif, puis blanche et dense, envahissant la salle tout entière en quelques secondes, comme si la mer elle-même avait décidé de rentrer. La caméra continue d'enregistrer mais ne capte plus rien de net. Des formes. Des mouvements. Le trophée qui change de mains dans le brouillard. Un choc sourd. Et puis le silence.

3h31 du matin. Neuf minutes. La brume se dissipe. Irish est au sol. Les intrus ont disparu. Il ne reste que cette eau froide et salée qui n'a rien à faire ici, et une louve à terre avec une blessure profonde à la tête. Quand elle se réveille à l'hôpital ce matin-là, on lui montre les images, on lui décrit le combat, le trophée qu'elle tenait dans ses mains. Elle ne se souvient de rien du tout.

La Meute réunie autour de cet écran sait. Pas besoin de mots — ils reconnaissent la marque. Mami Wata, Reine des Eaux, était là cette nuit. Et elle a effacé Irish comme on efface une flamme entre deux doigts.

III. La traque — ce que l'ombre a laissé derrière elle

L'affront est absolu. On nous a volé au cœur de notre propre maison. On a blessé l'une des nôtres. On lui a pris ses souvenirs comme on vide une coupe. Et les coupables n'ont laissé aucune trace visible — aucune empreinte, aucun objet, aucun visage identifiable sur les images. Aucune trace physique.

Mais cette opération n'a pas commencé dans la nuit du 26 avril. Elle a commencé des semaines avant, dans le bruit et la chaleur des Epitech Days, sur la plage de Fidjrossè et dans les couloirs d'Epitech. Des communications chiffrées échangées à l'abri des regards. Des transferts d'argent dissimulés via des transactions blockchain anonymisées. Des accès réseau compromis dans la nuit, méthodiquement. Des fichiers modifiés et distribués à des centaines d'étudiants qui ne se doutaient de rien. Des balises enfouies dans des images que tout le monde a téléchargées sans y penser.

Ils se sont fondus parmi nous. Ils ont appris nos routines, cartographié nos habitudes, repéré nos failles — y compris celle que nous n'aurions jamais cru avoir : quelqu'un à l'intérieur leur a ouvert une porte. Nous ne savons pas encore qui.

Ils ont cru effacer leurs traces. Ils se sont trompés. L'agent infiltrateur a laissé derrière lui des fragments numériques — dans des dépôts Git nettoyés trop vite, dans des fichiers encodés sur des serveurs qu'il a cru abandonnés, dans des tunnels DNS qu'il avait laissés ouverts pendant les neuf minutes où Irish se battait dans le brouillard. Son contact logistique a semé des empreintes sur les réseaux sociaux, des messages dissimulés dans des archives à cinq couches. Il y a suffisamment de vérité pour retrouver ces gens, les nommer, et remonter jusqu'à celle qui tire les fils depuis les profondeurs.

IV. La loi de la Meute — l'Alpha a ordonné la traque

Irish est à l'hôpital. Le trophée a disparu. Et dans l'Antre silencieux, ce matin-là, quelque chose d'ancien et de terrible s'est mis en mouvement. L'Alpha a hurle. Pas avec des mots — avec ce que la Meute comprend mieux que les mots. Un appel auquel on ne répond pas par choix : on y répond parce qu'on ne peut pas faire autrement.

Vous avez répondu présent.

La traque est ouverte. Elle ne se fermera pas tant que le trophée ne sera pas revenu à sa place et que justice n'aura pas été rendue. Que nulle ombre ne dorme sans être nommée, que nulle trace ne reste sans être lue — c'est à ce prix, et à ce prix seulement, que le trophée reviendra à la Meute.

Vous êtes les Éclaireurs d'Epihack. Votre mission :

01.Lire les archives — remonter chaque trace laissée pendant les Epitech Days, sur la plage, dans les serveurs, dans les communications interceptées.

02.Nommer les ombres — mettre un visage sur ceux qui ont opéré parmi nous, comprendre la structure de l'opération, et trouver qui, parmi les nôtres, leur a ouvert la porte.

03.Localiser le trophée — et au bout du fil, nommer celle qui a donné les ordres depuis les profondeurs.

Conclusions préliminaires — Éléments de certitude
01 Opération préméditée — Préparation multi-semaines. Connaissance précise de l'Antre, des rotations et du soir du gala.
02 Complicité interne confirmée — Accès sans effraction. Quelqu'un parmi les nôtres a ouvert une porte.
03 Empreinte numérique récupérable — Fragments dans des dépôts Git, tunnels DNS actifs, balises dans des fichiers distribués.
04 Marque de Mami Wata — Eau saumâtre inexplicable. Mémoire d'Irish effacée. Méthodologie non humaine. Une puissance ancienne était présente.